Ça commence par un auto-stop improbable dans la  campagne d’Essaouira… et cela ira jusqu’à ma première expo à l’Hôtel Palazzo Desdemona.

Entre temps j’aurai rencontré Giulio, installé à Essaouira depuis 25 ans, et qui a restauré une maison de maître à deux pas de chez moi.

Fils d’un peintre qui comptait Chagall au nombre de ses amis, amateur d’art, Giulio connaîtra à Paris Sonia et Robert Delaunay et ne quittera jamais la peinture. Il est arrivé à Essaouira lors de l’étape souirie du tournage de son film sur Les Peintres du Maroc, une série de cinq heures, réalisée à la fin des années 80. Début d’une histoire d’amour entre lui et cette ville qui dure encore, jalonnée par l’aventure de Tangaro, puis de Desdemona, et enfin de la Villa Juba.

Mais c’est aux arts du spectacle qu’il aura consacré le plus clair de ses années d’artiste : théâtre (reçu au Français, il n’a pas voulu y entrer !), cinéma (Godard, Bresson), ballet (scénographies avec Jean-Michel Folon, Roland Topor, spectacles en Belgique, en Italie, à Paris au Théâtre des Champs-Élysées).

C’est l’année du relatif échec de Falstaff qu’il rencontre Orson Welles au Festival de Cannes dans des conditions romanesques. Il s’ensuivra une relation d’amitié et d’estime, à laquelle Giulio a voulu rendre hommage en lançant l’idée de la commémoration, en 1992, du tournage d’Othello à Essaouira quarante ans plus tôt. En souvenir de Welles, il choisit de baptiser son établissement du nom de l’héroïne de la pièce, incarnée dans le film par Suzanne Cloutier, qui fut l’hôte d’honneur d’Essaouira lors de la commémoration.

Apprenant que j’ai commencé à peindre, Giulio m’a demandé aussitôt à voir mes œuvres. Il m’encourage… à sa manière, c’est à dire en me rudoyant avec sévérité et exigence : « Travaille ! Travaille ! Travaille ! ». Mais il me promet une expo sur les murs du Palazzo Desdemona.

Quelques mois plus tard, c’est chose faite. Sur les murs du Palazzo, entre les arches romanes de pierre tendre, je prends la suite d’artistes de toutes les nationalités, dont les Marocains Housein Miloudi et Aziz El Abbassi (ce dernier est un exposant très régulier), mais aussi Ruggero Giangiacomi, peintre et céramiste qui adopta la ville autant que celle-ci l’adopta. Ou encore, venue de Marrakech, la souffleuse de verre Myriam Gosselin, qui a laissé dans les souvenirs de Desdemona la trace d’une expo d’objets vraiment brillante (c’est bien le cas de le dire !). Autant d’expositions où le lieu et les objets se mettent mutuellement en valeur.

C’est donc à ce lieu consacré à l’accueil et à la beauté que j’ai eu le plaisir, avec ma toute première expo, d’apporter à mon tour ma contribution.